Dans le livre des Nombres (17,16-24), la Torah relate « l’épreuve des bâtons », organisée à la suite de la contestation de la nomination d’Aaron à la grande prêtrise. D.ieu ordonna à Moïse de prendre, pour chaque tribu, un bâton sur lequel serait inscrit le nom de son chef ; le nom d’Aaron fut inscrit sur le bâton de la tribu de Lévi. Les bâtons furent déposés pour la nuit dans le Saint des Saints. Lorsqu’on les en retira le lendemain matin, le peuple tout entier vit que le bâton desséché et sans vie d’Aaron avait fleuri pendant la nuit et porté des fruits, attestant ainsi que D.ieu avait choisi Aaron pour être Grand Prêtre.
La Torah prend soin de préciser que le bâton d’Aaron fut placé « au milieu des bâtons ». Le commentateur biblique Rachi explique que Moïse plaça le bâton d’Aaron au milieu des autres, afin que le peuple ne puisse prétendre qu’il avait fleuri uniquement parce qu’il avait été déposé au plus près de l’Arche et de la Présence divine. Il apparaît que les Juifs de cette génération, qui avaient à plusieurs reprises vécu une expérience directe du divin, comprenaient une vérité essentielle : le seul fait de se trouver à proximité de la sainteté peut rendre la vie à ce qui était mort, faisant fleurir des bâtons desséchés et leur faisant porter des fruits…
Lorsque Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi (1745-1812) commença à exposer les enseignements de la ‘hassidout ‘Habad, il se heurta à une vive opposition. Certains s’opposaient aux enseignements eux-mêmes. D’autres les tenaient en si haute estime qu’ils étaient consternés de les voir si largement diffusés auprès de personnes qu’ils jugeaient indignes d’accéder à des secrets aussi élevés de la Torah. Parmi ces derniers figurait Rabbi Baroukh de Mezhibouz, petit-fils du Baal Chem Tov (le fondateur du mouvement ‘hassidique), qui comptait parmi les adversaires les plus farouches de Rabbi Chnéour Zalman.
Rabbi Chnéour Zalman décida alors de se rendre à Mezhibouz afin de débattre de la question en personne avec Rabbi Baroukh. En chemin, il rencontra un ‘hassid âgé qui tenta de le dissuader de poursuivre sa route. « Savez-vous avec qui vous vous apprêtez à débattre ?, lui demanda le ‘hassid. Rabbi Baroukh est un brasier de sainteté. Laissez-moi vous raconter un épisode auquel j’ai moi-même assisté :
Le Baal Chem Tov récitait le kiddouch levana, la sanctification mensuelle de la lune, tandis que Rabbi Baroukh, qui n’avait alors que trois ans, gambadait autour de lui. Le Baal Chem Tov prit Baroukh dans ses bras, lui montra la lune et lui demanda : “Mon enfant, que vois-tu ?”
Le petit garçon répondit : “La levana, la lune, dont le nom forme l’abréviation de lamed-beth netivot ha’hokhma, les trente-deux voies de la sagesse divine !”
Voulez-vous vraiment débattre avec un tel géant spirituel ? », conclut le ‘hassid.
Rabbi Chnéour Zalman ne se laissa pas convaincre. « Si le Baal Chem Tov avait tenu une chèvre dans ses bras, dit-il, la chèvre aurait répondu de la même manière. »
Être touché par la sainteté.
On a tant écrit sur les accomplissements extraordinaires et la sainteté du Rabbi qu’il me reste bien peu à ajouter. Ce qui est peut-être préférable, car tenter de prendre la mesure du Rabbi et de décrire sa grandeur serait un peu, de ma part, comme si un élève de maternelle rédigeait un exposé sur la physique nucléaire.
Cependant, si le Rabbi a rassemblé autour de lui tant de personnes, c’est parce qu’au-delà de sa stature de guide d’envergure mondiale, il touchait aussi les âmes une à une. Il entretenait une relation personnelle avec chacun de ceux qu’il rencontrait. Permettez-moi de vous dire ce que le Rabbi représente pour moi.
La réussite remarquable de ‘Habad-Loubavitch en a déconcerté plus d’un. À l’échelle mondiale, ‘Habad-Loubavitch constitue le plus vaste réseau d’institutions juives, avec des implantations sur tous les continents. Des hommes et des femmes ordinaires, sans formation, sans financement ni préparation, s’installent dans des villes lointaines – lointaines géographiquement, et plus encore spirituellement – et parviennent à y fonder des institutions et des organisations qui favorisent l’éducation juive et le rapprochement des Juifs avec le judaïsme. Quel est le secret de ces hommes et de ces femmes ?
Le sceptique n’acceptera peut-être pas la réponse fort peu scientifique qui suit. Mais c’est un fait : en présence du Rabbi, les bâtons fleurissent et portent des fruits, et les chèvres parlent.
Je peux affirmer en toute sincérité que tout ce que j’accomplis, tous les fruits que je produis et toutes les paroles que je prononce, je le dois à ces quelques précieuses années où je fus un bâton dans la pièce du Rabbi, une chèvre entre ses mains : mes années de yeshiva dans le quartier de Crown Heights à Brooklyn, durant lesquelles je baignais dans la sainteté et me laissais toucher par elle.
Et pas un jour ne passe sans que je me pose cette douloureuse question : combien davantage de fruits porterais-je, combien mes paroles seraient plus profondes, si seulement la sainteté me touchait encore ? Comment suis-je censé exercer une influence positive sur le monde alors que je ne me trouve plus dans le giron du Rabbi ?
Une chose est toutefois certaine. Nous avons reçu pour mission de transformer le monde, de faire venir Machia’h ; or, par nos seules forces, cet objectif demeure hors de notre portée. Nous ne pouvons réussir qu’en demeurant en présence de la sainteté.
Si la sainteté ne nous touche pas à présent, c’est à nous de tendre la main vers elle et de la toucher nous-mêmes. Nous pouvons continuer à vivre en présence du Rabbi en étudiant ses enseignements et en suivant ses directives.
Grâce à cette force, nous avons la capacité de transformer le monde, une personne après l’autre, une mitsva après l’autre. Le but ultime est de faire venir Machia’h. Alors, nous serons touchés par la sainteté. De nouveau. Pour l’éternité.

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