Deux Temples se sont successivement dressés sur le mont du Temple, à Jérusalem.

Le Premier Temple fut construit par le roi Salomon, d’après les plans détaillés que D.ieu avait transmis à son père, le roi David, par l’intermédiaire du prophète Nathan. Le roi David avait voulu le bâtir lui-même, mais il lui fut annoncé que ce serait son fils qui le ferait.

La construction du Premier Temple de Jérusalem

La quatrième année de son règne, en 833 avant l’ère commune, le roi Salomon, alors en paix avec ses voisins, entreprit la construction du Temple. Le site choisi par le roi David était le sommet du mont Moriah, où Abraham avait jadis montré qu’il était prêt à offrir en sacrifice son fils bien-aimé pour obéir au commandement de D.ieu.

Il était l’archétype de la « demeure de D.ieu dans le monde matériel » qui constitue le but de la création.

Des dizaines de milliers d’hommes furent nécessaires pour accomplir les nombreuses tâches qu’exigeait cette entreprise gigantesque. Des hommes furent envoyés au Liban pour y abattre des cèdres. Les pierres étaient taillées près des carrières, puis montées au mont Moriah, où elles étaient assemblées. Le bronze fut coulé dans la vallée du Jourdain. Des artisans furent amenés de Tyr afin d’aider à mener l’ouvrage à la perfection. Des navires prirent la mer vers l’est et vers l’ouest pour rapporter les matériaux les plus précieux destinés à orner la Maison de D.ieu.

Il fallut sept ans pour achever le Temple. Dans la douzième année de son règne, en 827 avant l’ère commune, le roi Salomon inaugura le Temple et tout ce qu’il contenait. L’Arche de l’Alliance fut introduite dans le Temple au cours de célébrations inaugurales qui durèrent sept jours.

Au cours des 410 années suivantes, le peuple juif apporta quotidiennement des offrandes dans ce magnifique édifice, et c’est là que la nation se rassemblait trois fois par an pour « voir la face de D.ieu et être vus par Lui ». C’est là que la Présence divine se manifestait. Dix miracles quotidiens – notamment le fait que jamais le vent n’éteignait le feu de l’autel – attestaient la présence de D.ieu dans le Temple. Celui-ci était l’archétype de la « demeure de D.ieu dans le monde matériel » qui constitue le but de la création.

Le règne de Salomon fut un âge d’or. Sa capitale devint le centre de la sagesse, de la richesse et de la splendeur. Des monarques aussi bien que des gens du peuple venaient contempler toutes les merveilles qu’on pouvait y voir et en repartaient éblouis, saisis d’émerveillement. La Terre d’Israël devint un grand centre de commerce. Les Juifs vivaient dans la paix et le bonheur, « chacun sous sa vigne et sous son figuier ».

Le commencement de la fin

Vers la fin de sa vie, le roi Salomon commit des écarts indignes de sa haute stature. D.ieu lui annonça qu’il serait puni. Après sa mort, le royaume serait scindé en deux.

De fait, après la mort de Salomon, les dix tribus du Nord refusèrent de reconnaître son fils Roboam comme roi. En 796 avant l’ère commune, le pays fut divisé en deux royaumes : le royaume d’Israël au nord et le royaume de Juda, qui comprenait Jérusalem, au sud.

Les rois du royaume d’Israël se livrèrent à l’idolâtrie, tout comme nombre des rois du royaume de Juda. D.ieu envoya à maintes reprises des prophètes réprimander les Juifs, mais ceux-ci refusèrent de changer de conduite, préférant tourner ces prophètes en dérision et les présenter comme de faux messagers venus les décourager par leurs prédictions de destruction.

D.ieu envoya à maintes reprises des prophètes réprimander les Juifs, mais ceux-ci refusèrent de changer de conduite

Un exemple particulièrement odieux se produisit en 661 avant l’ère commune : le prophète Zekharia ben Yehoyada (Zacharie) réprimanda le peuple pour ses fautes et l’avertit des graves châtiments qui s’abattraient sur lui s’il ne changeait pas de conduite. Au lieu d’accepter sa réprimande, le peuple lapida Zacharie dans la cour du Temple et le mit à mort. Fait incroyable, cela se produisit le jour de Yom Kippour.

Plutôt que de laisser le sang de Zacharie pénétrer dans la terre, D.ieu le fit bouillonner. Le peuple tenta de le recouvrir de terre, mais il continua de bouillonner pendant les 252 années suivantes, jusqu’à la destruction du Temple – nous y reviendrons.

En raison de la conduite rebelle et corrompue des Juifs, D.ieu n’accorda à aucun des deux royaumes la paix et la sécurité dont le royaume unifié avait joui sous le règne de Salomon. Leur ennemi commun était l’Empire assyrien, situé au nord.

En 555 avant l’ère commune, Samarie, la capitale du royaume du Nord, tomba aux mains des Assyriens, et le royaume d’Israël cessa d’exister. Des dizaines de milliers d’habitants vaincus furent emmenés en captivité. Ils furent déportés dans de lointaines provinces de l’Empire assyrien, où ils disparurent entièrement. Les Assyriens repeuplèrent le pays d’exilés arrachés à d’autres contrées, dont les descendants furent appelés les Samaritains ou les Koutim. On n’a retrouvé aucune trace des Dix Tribus.

Le royaume de Juda survécut miraculeusement à la menace assyrienne et subsista encore 150 ans. Ses rois n’étaient pas tous mauvais, comme l’avaient été ceux du royaume d’Israël ; il compta plusieurs monarques véritablement justes – notamment Ézéchias et Josias – et connut par moments un renouveau spirituel. Mais il finit par tomber aux mains des Babyloniens.

Le Livre des Lamentations

À partir de 463 avant l’ère commune, Jérémie prophétisa au sujet de la menace babylonienne et avertit les Juifs de la terrible dévastation qui s’abattrait sur eux s’ils ne cessaient pas d’adorer les idoles et de se faire du tort les uns aux autres. Mais ses sombres prophéties, consignées dans le Livre de Jérémie, restèrent en grande partie ignorées des Juifs, qui se moquaient de lui et le persécutaient.

Quelque dix-huit ans avant la destruction du Temple, Jérémie fut emprisonné par le roi Yehoyakim, apparemment en raison de ses prophéties répétées annonçant la chute de Jérusalem. D.ieu s’adressa alors à Jérémie (Jérémie 36) :

Des enfants mourant de faim ; des mères rendues folles par la faim se livrant au cannibalisme ; la ville abandonnée...

« Prends un rouleau de parchemin et écris-y toutes les paroles que Je t’ai dites au sujet d’Israël et au sujet de Juda... Peut-être la maison de Juda entendra-t-elle parler de tout le mal que Je compte lui infliger, afin que chacun se repente de sa mauvaise voie, et Je pardonnerai leur faute et leur péché. »

Jérémie fit venir son disciple dévoué, Baroukh ben Néria, et lui dicta un avertissement déchirant et saisissant concernant le désastre à venir ; cette prophétie fut par la suite connue sous le nom de Livre des Lamentations (« Eikha »).

Dans ce rouleau, Jérémie décrivit les ravages que D.ieu ferait subir à Jérusalem et à la Terre sainte, et s’en lamenta : des enfants mourant de faim ; des mères rendues folles par la faim se livrant au cannibalisme ; la ville abandonnée.

Baroukh ben Néria suivit les instructions de Jérémie. Il lut publiquement le rouleau dans le Saint Temple.

Lorsqu’on rapporta cet événement au roi, celui-ci demanda qu’on lui fasse la lecture du rouleau. À peine eut-il entendu quelques versets qu’il s’en empara et le jeta froidement au feu.

Lorsque Jérémie fut informé des actes du roi, il s’assit et composa un chapitre supplémentaire, qu’il ajouta au livre. Ce Livre des Lamentations est lu chaque année à la synagogue la veille du 9 Av.

Les Babyloniens arrivent

Les Assyriens dominaient depuis longtemps le Moyen-Orient, mais leur puissance déclinait. Même avec l’aide des Égyptiens, dont la puissance croissait, ils ne purent repousser les Babyloniens. Ces trois empires se livraient une lutte pour la suprématie, et le royaume de Juda était pris entre eux.

En 434 avant l’ère commune, le royaume de Juda tenta de former une alliance avec l’Égypte. Malgré les prophéties de Jérémie, les Juifs pensaient que cette alliance les mettrait à l’abri. Mais le roi babylonien Nabuchodonosor marcha au contraire contre Juda. Il pilla Jérusalem et déporta des dizaines de milliers de Juifs vers sa capitale, Babylone ; tous les déportés furent choisis parmi les membres des classes supérieures, les riches et les artisans. Les gens du peuple furent autorisés à rester en Juda, et Nabuchodonosor plaça à la tête de Juda un roi fantoche, Sédécias.

Mais Sédécias, bien qu’il craignît D.ieu et fût juste, fit preuve d’un courage inconsidéré et, bien que Jérémie l’eût à plusieurs reprises averti de ne pas le faire, tenta de s’affranchir des Babyloniens. Nabuchodonosor marcha donc de nouveau contre Jérusalem. Cette fois, il ne se contenterait pas de faire de Juda un État vassal. Le 10 Tévet, en 425 avant l’ère commune, Nabuchodonosor commença le siège de Jérusalem.

La destruction

« Zacharie, Zacharie ! J’ai tué les meilleurs d’entre eux ; veux-tu qu’ils soient tous anéantis ? »

Trente mois plus tard, au mois de Tamouz, après un long siège au cours duquel la famine et les épidémies ravagèrent la ville, une brèche fut ouverte dans les murailles. Le roi Sédécias tenta de s’enfuir par un tunnel long de près de vingt-neuf kilomètres, mais il fut capturé dans les plaines de Jéricho par des soldats ennemis qui, alors qu’ils poursuivaient un cerf, le virent en sortir. Il fut conduit devant Nabuchodonosor à Rivla. Là, les fils de Sédécias et de nombreuses personnalités juives furent tués sous ses yeux ; puis on lui creva les yeux et il fut emmené enchaîné à Babylone.

Le 7 Av, Nebouzaradane, le commandant en chef de l’armée de Nabuchodonosor, entreprit la destruction de Jérusalem. Les murailles de la ville furent abattues, et le palais royal ainsi que d’autres édifices de la ville furent incendiés.

Nos Sages enseignent que, lorsque Nebouzaradane entra dans le Temple, il trouva le sang de Zacharie en train de bouillonner. Il demanda aux Juifs ce que signifiait ce phénomène. Ils tentèrent de dissimuler ce scandale, mais il les menaça de leur labourer la chair avec des peignes de fer. Ils lui dirent alors la vérité : « Un prophète vivait parmi nous ; il nous réprimanda et nous le tuâmes. Depuis de nombreuses années, son sang ne trouve pas le repos. »

Nebouzaradane déclara : « Je vais l’apaiser. » Il tua alors les membres du Grand Sanhédrine et du Petit Sanhédrine, puis des jeunes gens et des jeunes filles, et enfin des écoliers. Au total, il tua 940 000 personnes. Pourtant, le sang continua de bouillir. Nebouzaradane s’écria alors : « Zacharie, Zacharie ! J’ai tué les meilleurs d’entre eux ; veux-tu qu’ils soient tous anéantis ? » Le sang finit par s’enfoncer dans la terre (Talmud, Guitine 57b).1

Le 9 Av, à l’approche du soir, le Saint Temple fut incendié et détruit. Le feu brûla pendant 24 heures.

Nos Sages enseignèrent : lorsque le premier Saint Temple fut détruit, des groupes de jeunes prêtres se rassemblèrent, tenant à la main les clés du Sanctuaire. Ils montèrent sur le toit et déclarèrent : « Maître du monde ! Puisque nous n’avons pas mérité d’en être les gardiens fidèles, que les clés Te soient rendues. » Ils lancèrent alors les clés vers le Ciel. Une main apparut et les reçut, puis les prêtres se jetèrent dans le feu (Talmud, Taanit 29b).

Tout l’or et l’argent qui subsistaient encore furent emportés comme butin par les soldats babyloniens. Toutes les magnifiques œuvres d’art dont le roi Salomon avait jadis décoré et embelli l’édifice sacré furent détruites ou emportées. Tous les ustensiles sacrés du Temple que l’on put retrouver furent emmenés à Babylone. Le grand prêtre Seraya ainsi que de nombreux hauts dignitaires et prêtres furent exécutés. Outre les 940 000 personnes tuées lors de l’épisode mentionné plus haut, des millions d’autres furent tuées à l’intérieur et à l’extérieur de la ville. Plusieurs milliers de ceux qui avaient échappé à l’épée furent faits prisonniers et emmenés en captivité à Babylone, où certains des membres les plus éminents du peuple les avaient déjà précédés. Seuls les plus pauvres parmi les habitants de Jérusalem furent autorisés à rester pour planter les vignes et travailler dans les champs.

Tout cela avait été prédit dans la Torah, et s’accomplit dans toute l’horreur dont Moïse avait averti le peuple

Ainsi prit fin l’empire de David et de Salomon ; ainsi furent détruits la cité magnifique et le Saint Temple. Ainsi D.ieu punit Son peuple pour s’être détourné de Lui et de Ses lois. Tout cela avait été prédit dans la Torah, et s’accomplit véritablement dans toute l’horreur dont Moïse avait averti le peuple.

Jérémie avait également promis que le peuple juif retournerait à Jérusalem et reconstruirait le Temple. Cette promesse s’accomplirait soixante-dix ans plus tard.

À cause de cela, notre cœur est défaillant ; à cause de ces choses, nos yeux se sont obscurcis.
À cause du mont Sion, qui est dévasté ; les renards y rôdent.
Mais Toi, ô D.ieu, Tu demeures à jamais ; Ton trône subsiste de génération en génération.
Pourquoi nous oublierais-Tu à jamais, nous abandonnerais-Tu si longtemps ?
Ramène-nous à Toi, ô D.ieu, et nous reviendrons ! Renouvelle nos jours comme autrefois.

–Lamentations 5,17-21