Av est un mois de contrastes. Nous pleurons la destruction, mais la promesse du renouveau nous est faite. Nous y connaissons l’amertume et la douceur, la tristesse et la joie. Ce mois porte le nom de Mena’hem Av. Le premier terme, qui signifie « consolateur », nous apporte quelque réconfort : malgré tout, notre « Av », notre « Père » céleste, est avec nous.

Voyons comment mettre à profit cette dimension supplémentaire de « consolation ». Sous quel angle devons-nous considérer ces moments sombres, tant sur le plan personnel que collectif ? Comment puiser des forces et trouver le bien dans chaque situation à laquelle notre peuple est confronté ?

Nous pleurons la destruction, mais la promesse du renouveau nous est faite

Pour acquérir une perspective plus complète, nous pouvons examiner les origines du bien et du mal, de la tristesse et de la joie, et parfois de leur fusion.

Tout ce qui existe dans ce monde possède une enveloppe. Prenons, par exemple, les fruits. Certaines pelures, écorces ou coques sont rugueuses ou piquantes, comme celles de l’ananas ou de la noix de coco. D’autres sont douces, et certaines peuvent être acides, bien qu’il soit possible d’incorporer une écorce à une préparation culinaire.

Les fruits à coque, en revanche, possèdent tous une coque dure. Le mot hébraïque désignant une « coque » ou une « couche extérieure » est klipa (« impureté »). Concrètement, la coque constitue une protection qui permet à ce qu’elle renferme de se développer en le préservant de divers éléments extérieurs. Certains fruits ont été créés avec une coque très difficile à briser, tandis que d’autres possèdent une enveloppe tendre ou comestible. Sous la surface, cependant, tous contiennent des vitamines ou des minéraux qui leur sont propres et qui sont indispensables.

Sur le plan spirituel, c’est aussi une métaphore de la vie. Tout est essentiellement bon, mais « l’emballage » rend parfois ce bien difficile à découvrir. Certaines situations paraissent bien loin d’être idéales, bien qu’il nous soit parfois donné d’en voir finalement l’issue positive. Dans d’autres cas, il se peut que nous n’ayons jamais le sentiment de bénéficier du fruit juteux caché sous l’écorce amère.

L’amande revêt une signification particulière pendant le mois de Av, et sa récolte comme sa saveur peuvent nous enseigner diverses leçons. Une amande se compose d’une gousse, d’une coque et du fruit qu’elle renferme. L’enveloppe extérieure s’ouvre alors que l’amande est encore sur l’arbre ; la coque, en revanche, reste entièrement fermée et doit être ouverte à la main pour en extraire le fruit. Certaines amandes sont amères au début, puis deviennent parfaitement douces en mûrissant ; d’autres sont d’abord douces, puis deviennent amères lorsqu’elles arrivent à pleine maturité.

La portée historique de l’amande apparaît dans une prophétie de Jérémie (Yirmiyahou), l’auteur d’Eikha — le livre des Lamentations lu à Tichea BeAv —, qui vécut à l’époque du premier Temple. Dans sa prophétie relative à la destruction du Temple, il voit une branche d’amandier. Comme l’amandier, qui fleurit tôt au printemps, cette vision avertissait les Juifs qu’ils ne devaient perdre aucun temps pour changer de voie et se repentir. Ils ne prêtèrent pas attention aux avertissements de Jérémie. Ses paroles finirent par se vérifier, au prix d’immenses souffrances et de la destruction du Saint Temple le neuvième jour de Av, connu jusqu’à nos jours sous le nom de Tichea BeAv.

L’amande est également mentionnée lors de la construction du Temple et de ses ustensiles sacrés, lorsque D.ieu expliqua à Moïse comment fabriquer la Ménorah. « Il y aura sur une branche trois coupes en forme de fleurs d’amandier, avec bouton et fleur, et trois coupes en forme de fleurs d’amandier sur la branche suivante ; il en sera ainsi pour les six branches qui sortent du candélabre. Sur le pied de la Ménorah, il y aura quatre coupes en forme de fleurs d’amandier, avec leurs boutons et leurs fleurs » (Exode 25,33–34).

Cette Ménorah ornée de fleurs d’amandier, la table d’or du Tabernacle et le Saint Temple tout entier furent détruits au cours de ce mois, entraînant dans leur sillage un deuil et une tristesse qui se prolongent depuis de nombreuses générations. L’amande nous enseigne cependant que le message de ce mois n’est pas nécessairement celui de la tristesse, mais celui de la croissance et de l’épanouissement.

Il faut vingt et un jours à l’amande pour passer de la floraison à la maturité, ce qui correspond aux « Trois Semaines » précédant Tichea BeAv. Les amandes de la prophétie de Jérémie sont d’abord amères, puis deviennent douces en mûrissant ; elles sont appelées chekedim. La coque demeure toujours amère, même lorsque l’amande est douce. Notre tâche dans la vie consiste parfois à dévoiler la douceur et à jouir du fruit de nos efforts. À un niveau encore plus profond, il nous appartient de « briser » ou de retirer la négativité jusqu’à ce que soit révélé ce qu’elle recèle de positif — l’étincelle divine, la finalité pour laquelle la chose fut créée.

Le Zohar rapporte qu’au « commencement », le monde ressemblait à un fruit : sa pulpe était entourée d’une écorce. Lorsqu’Adam et Ève mangèrent du fruit de l’arbre interdit, ils brouillèrent de fait la distinction entre l’écorce et le fruit. Tout ce qu’ils rencontreraient désormais serait un mélange de positif et de négatif, comme c’est le cas de l’enfantement. Le monde, qui était auparavant un jardin enchanteur, devint une jungle.

Pour le ramener à son état de « jardin », nous devons discerner ce qui relève de l’écorce et ce qui constitue l’essence. Comment un individu peut-il agir sur le monde et lui rendre son caractère édénique originel ?

La Torah précéda la création du monde. Elle est le GPS, la carte routière qui nous aide à faire le tri dans l’existence en nous offrant repères et orientation. Il est dit que D.ieu prépare le remède avant la maladie. Autrement dit, lorsque nous sommes confrontés à un problème, la solution existe déjà. Il nous suffit de la découvrir.

Mais qu’en est-il des situations auxquelles nous ne trouvons aucune réponse dans la Torah ? Il importe de souligner qu’il n’existe aucune réponse aux événements tragiques qui ont jalonné l’histoire, quelle qu’en soit l’ampleur. Une telle réponse ne nous est pas révélée à ce stade. En réalité, aucune réponse ne serait suffisante. D’un côté, nous devons avoir foi que D.ieu dirige le monde et que tout relève de la providence divine. De l’autre, il serait insensible de rester passifs devant la souffrance. Quel est notre rôle et comment pouvons-nous faire apparaître le fruit doux lorsque la réalité, déroutante et souvent tragique, forme une coque dure et impénétrable ?

Au fil des siècles, de nombreux dirigeants juifs, parmi lesquels Moïse et Abraham, ne se sont pas contentés d’accepter le sort de leur peuple : ils ont « débatu » avec D.ieu sur les souffrances dépourvues de sens. D.ieu ne veut pas que nous tolérions l’obscurité. Nous sommes un peuple-sabra éprouvé par certaines des périodes les plus difficiles de l’histoire. Pourtant, nous sommes également forts et résistants et, intérieurement, compatissants et aimants. Nous sommes mal à l’aise devant la douleur d’autrui. Alors que d’autres empires ont presque entièrement disparu, la nation juive demeure vivante et forte.

Oui, la prière et les larmes ont leur place, mais il nous incombe aussi d’accomplir notre part pour susciter des changements réels et efficaces. Nous nous trouvons toujours au bon endroit et au bon moment pour mettre nos forces particulières au service de notre environnement. Il nous suffit d’essuyer la buée de nos lunettes et de reconnaître ces occasions dans notre vie quotidienne.

La négativité existe indéniablement dans ce monde, mais notre rôle essentiel consiste à rétablir celui-ci dans la pureté de l’« Éden » qui précéda la faute à l’origine de cet état d’impureté indésirable. Même en exil, nous avons la capacité de révéler la lumière cachée dans l’obscurité. Nous pouvons y parvenir par différentes voies. Nous pouvons et devons prier pour que disparaissent la souffrance et l’injustice, à l’exemple de nos ancêtres. Nous pouvons également percer la couche de négativité et retirer la coque dure, pour découvrir enfin la « douceur » intérieure, le fruit qu’elle recèle.

D.ieu ne veut pas que nous tolérions l’obscurité

Grâce à l’humble amande, qui passe de l’amertume à la douceur, et à notre GPS, la Torah, qui nous éclaire sur la manière d’accéder à cette douceur, le mois de Av, bien que traditionnellement amer, peut devenir un mois riche de possibilités. Il nous appartient, avec nos forces individuelles et collectives, de révéler le bien intérieur de toute chose et de remplacer l’amertume par la douceur. Lorsque le troisième Temple sera enfin reconstruit, sa majestueuse Ménorah d’or ornée de fleurs d’amandier, symbole de notre victoire définitive du bien sur le mal, répandra lumière et harmonie dans le monde, qui connaîtra une félicité rappelant le Gan Éden. Mais cette fois, ce sera le fruit des immenses efforts déployés par notre peuple au fil des siècles pour retirer les sombres écorces de l’exil et y découvrir la sainteté et la lumière.

Cet article a été écrit pour la Rosh Chodesh Women’s Circle Inc. de Melbourne, en Australie, qui en a également assuré la révision.