L’une des paraboles les plus connues de la pensée ‘Habad est celle du « Roi dans le champ ». Cette parabole, tirée d’un discours ‘hassidique prononcé par le premier Rabbi de ‘Habad, Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, illustre la dynamique profonde du mois d’Eloul, qui précède les Fêtes Solennelles.

Le Rabbi a évoqué cette parabole à de nombreuses reprises, en explorant ses profondeurs et en dégageant les nombreux messages implicites dans les termes employés par Rabbi Chnéour Zalman. Mais commençons par quelques éléments de contexte.

L’histoire d’Eloul

Le premier jour d’Eloul de l’an 1313 avant l’ère commune, Moïse monta sur le mont Sinaï. Quelque six semaines auparavant, il avait brisé les premières Tables, sur lesquelles étaient gravés les Dix Commandements. Il emporta cette fois avec lui les secondes Tables, qu’il avait taillées sur l’ordre de D.ieu afin que D.ieu y grave de nouveau les Dix Commandements.

Moïse demeura sur la montagne pendant quarante jours, jusqu’au dixième jour du mois juif de Tichri (appelé depuis lors Yom Kippour), puis redescendit avec les secondes Tables, témoignant ainsi du pardon entier accordé par D.ieu au peuple d’Israël et de Sa réconciliation avec lui, après que celui-ci eut trahi l’alliance qui les liait en adorant le Veau d’or.

Depuis lors, ce mois est qualifié de période de « miséricorde et de pardon divins ». Nos Sages ont enseigné que, tout comme D.ieu répondit « J’ai pardonné » à la demande de pardon de Moïse, de même, si nous revenons dans les voies de D.ieu, particulièrement pendant ces jours qui précèdent les Fêtes Solennelles, nous mériterons le pardon de D.ieu.

En somme, Eloul est un temps de réflexion, où nous examinons ce que nous avons fait pendant l’année écoulée et ce qui doit être corrigé. Cliquez ici pour en savoir plus sur ce mois particulier.

Quand le Roi quitte le palais

Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi révéla une nouvelle dimension de ce mois. Il enseigna que D.ieu est alors plus proche de nous qu’à tout autre moment de l’année. Il affirma que c’est un mois offrant d’immenses possibilités, et non un mois d’abattement.

Rabbi Chnéour Zalman affirma que c’est un mois offrant d’immenses possibilités, et non un mois d’abattement.

Dans le Cantique des Cantiques, le verset (6,3) dit : « Je suis à mon Bien-aimé et mon Bien-aimé est à moi. » En hébreu (אני לדודי ודודי לי), les premières lettres de ces mots forment le mot Eloul (אלול). Ce verset nous enseigne qu’en cette période, la relation de D.ieu avec nous est placée sous le signe de l’amour et de la tendresse ; Il est notre « Bien-aimé ».

C’est ce sentiment de proximité et d’amitié qui nous pousse à revenir vers D.ieu.

Pour illustrer cette idée, Rabbi Chnéour Zalman propose la parabole suivante :

Pendant toute l’année, lorsque le roi se trouve dans son palais, la plupart des gens n’ont aucune possibilité d’obtenir une audience auprès de lui. Même parmi ceux qui espèrent en obtenir une et en font la demande, seuls quelques privilégiés sont effectivement reçus.

Mais il vient un moment où le roi n’est plus dans la capitale : il se trouve dans les champs. Là, chacun de ses sujets peut aller à sa rencontre. Le roi accueille chacun d’eux avec bienveillance, le visage joyeux et rayonnant, et accède à leurs requêtes.

Ils l’escortent ensuite jusqu’à la ville. Le roi entre dans son palais où, dès lors, seuls quelques privilégiés sont de nouveau reçus. Toutefois, les sujets dévoués qui l’ont accueilli et sont revenus avec lui font maintenant partie de ce groupe restreint : ils sont reçus par le roi dans la salle du trône.

Le sens de la parabole

Cette parabole correspond à notre relation avec D.ieu pendant la période des Fêtes Solennelles.

Dans Son grand amour pour nous, D.ieu sort dans les champs pendant le mois d’Eloul.

Tout au long de l’année, D.ieu nous est accessible lorsque nous nous conformons à la volonté divine – Ses préceptes, les mitsvot – et nous plongeons dans Sa sagesse, la Torah.

Il se peut cependant qu’une personne sente qu’elle ne suit pas le bon chemin, que ses passions ne sont pas saintes et qu’elle ne vit pas conformément au plan établi par D.ieu. Elle ressemble au citoyen qui a quitté la capitale animée pour s’en aller dans les champs inhabités, voire plus loin encore, dans les bois ou dans le désert. Elle s’est éloignée de la capitale du Roi. Prenant conscience de la distance qui l’en sépare, elle pourrait se sentir totalement étrangère : elle n’a aucun lien avec le Roi.

Dans Son grand amour pour nous, D.ieu sort dans les champs pendant le mois d’Eloul et Se rend accessible à tous. Cet épanchement d’amour élève et encourage même ceux d’entre nous qui peuvent se sentir très éloignés en raison de leurs actes. Lorsque nous voyons que D.ieu nous accueille gracieusement dans les champs, avec un sourire, et accède à nos requêtes1, nous décidons de renouer avec Lui et de nous conduire de nouveau comme il sied à un sujet fidèle au Roi.

Puis, lorsque viennent les Fêtes Solennelles, nous escortons le Roi jusqu’à la capitale et nous nous y établissons de nouveau, allant jusqu’à Le rejoindre dans Sa chambre intérieure.

Tel est l’essentiel de l’enseignement de Rabbi Chnéour Zalman. Étudions à présent quelques-uns des éclairages du Rabbi sur cette parabole (ou, plus exactement, la pointe de l’iceberg).

Faire le premier pas

Le verset cité plus haut déclare : « Je suis à mon Bien-aimé et mon Bien-aimé est à moi. » L’ordre est précis. Pendant ce mois, nous devons faire le premier pas vers notre Bien-aimé.

Le roi donne à chacun la possibilité d’aller à sa rencontre, mais il faut que le désir d’aller l’accueillir vienne des sujets.

Se trouver en présence d’un roi, majestueusement assis sur son trône, inspire une immense crainte révérencielle à tous ceux qui sont présents. Dès qu’ils entrent dans la salle du trône et voient cette manifestation de puissance et de gloire, tous les sujets se prosternent devant le roi. Ils ne parlent ni ne bougent sans son consentement. Ils perdent tout sentiment d’identité personnelle. Ils ne sont plus que des sujets, totalement effacés devant la gloire du roi.

Tout cela change lorsque le roi sort dans les champs. Il voyage et ne porte donc ni sa couronne ni ses vêtements royaux. Il ne déploie pas sa grandeur royale et ne suscite pas spontanément un profond sentiment de crainte et de respect. Les sujets ne sont pas naturellement portés à s’approcher du roi.2

Le roi donne à chacun la possibilité d’aller à sa rencontre, mais il faut que le désir d’aller l’accueillir vienne des sujets eux-mêmes. Personne n’est forcé de s’approcher de lui. Venir de leur propre initiative est une expression d’humilité, une reconnaissance du roi et de la nécessité d’établir une relation avec lui.

C’est pourquoi nous donnons traditionnellement davantage à la charité et prions davantage pendant le mois d’Eloul : c’est notre manière de faire le « premier pas ». Et chaque jour, nous entendons sonner le chofar (corne de bélier), afin d’éveiller en nous le désir de nous approcher du Roi et de L’accueillir. Le Roi est là, dans les champs, et nous offre cette occasion particulière. Mais nous devons la saisir…

À la différence de Roch Hachana, où sonner le chofar est un commandement biblique, sonner le chofar pendant Eloul est une coutume juive, qui émane de notre propre initiative. C’est nous qui sortons, avec humilité et joie, à la rencontre du Roi, D.ieu Tout-Puissant.

D.ieu chérit particulièrement cette proclamation. Nous ne nous humilions pas en raison de la grandeur du jour (comme nous le faisons pendant les Fêtes Solennelles) ; c’est au contraire notre propre désir qui nous pousse à nous effacer devant Lui. Cela nous rend chers à Ses yeux, au point que nous rejoignons ensuite le groupe restreint auquel est accordée une audience auprès du Roi.

Le retour au palais

Le but de toute la Création est que nous fassions de ce « monde le plus bas » une « demeure pour D.ieu ».

C’est la raison pour laquelle D.ieu vient dans les champs et aime tant nous voir L’y accueillir. Son désir de Se révéler dans le « monde le plus bas » est symbolisé par le fait qu’Il quitte le palais pour Se rendre dans l’humble « champ », où Ses sujets L’acceptent pour roi.

Mais une demeure est plus qu’un endroit où se trouve son propriétaire : c’est le lieu où il s’exprime pleinement. La maison est décorée selon ses goûts, et il s’y sent libre d’« être lui-même ».

Dans les champs, la gloire de D.ieu ne s’y donne pas à voir et ne s’y manifeste pas dans toute sa plénitude. La « demeure » que nous y créons pour Lui demeure donc incomplète.

Pour créer la véritable demeure divine, nous devons y introduire la dimension du « palais », où la gloire de D.ieu se révèle pleinement et où Il porte Sa couronne, Ses vêtements royaux, etc.

Ainsi, lorsque nous accomplissons la mission de montrer que même le « champ » est gouverné par D.ieu, nous Le suivons ensuite dans le palais, où nous nous retrouvons seuls avec Lui – ce qui constitue l’essence même des Fêtes Solennelles.