L’une des coutumes du mois d’Eloul consiste à sonner du chofar chaque jour. Je ne peux actuellement pas assister à l’office. Puis-je accomplir cette coutume en écoutant le chofar sur Zoom ?

Réponse

Pour mettre les choses en perspective, nous devons d’abord examiner brièvement pourquoi nous sonnons du chofar pendant le mois d’Eloul. S’il existe une mitsva biblique de sonner du chofar à Roch Hachana, il n’existe aucun commandement de ce genre concernant le mois d’Eloul.

La coutume de sonner du chofar pendant Eloul s’explique principalement par deux raisons1  :

a) Le Midrash nous enseigne qu’au début du mois d’Eloul, exactement quarante jours avant Yom Kippour, Moïse remonta sur le mont Sinaï afin de recevoir les secondes Tables de la Loi (les premières ayant été brisées après que le peuple eut commis la faute du Veau d’or). Lorsqu’il monta, on sonna du chofar dans tout le camp pour faire savoir au peuple que Moïse gravissait la montagne et qu’il ne devait pas répéter l’erreur qui avait conduit à la faute du Veau d’or.

En souvenir de cet événement, nous sonnons du chofar tout au long du mois d’Eloul, ce qui nous rappelle que nous devons nous tenir éloignés de la faute.2

b) Eloul est un mois consacré à l’introspection et à la préparation aux fêtes solennelles. Le prophète Amos nous dit : « Sonne-t-on du chofar dans la ville sans que le peuple tremble […] ? »3 Ainsi, les sons du chofar, qui remuent l’âme, nous éveillent et nous incitent à faire téchouva et à nous rapprocher de D.ieu.4

Or, selon certaines opinions, bien que la coutume ait été instituée de sonner du chofar à la synagogue, il n’a jamais été prescrit aux personnes de l’entendre (contrairement à Roch Hachana, où il existe une mitsva d’entendre le chofar).5 Dès lors, la question de sonner du chofar par téléphone ou par Internet est sans objet.

Toutefois, du fait que le son du chofar est associé à l’éveil à la téchouva, beaucoup tiennent à entendre le chofar pendant le mois d’Eloul, même s’ils n’ont pas pu se rendre à la synagogue.6 Cela nous ramène à la question de l’écoute du chofar par téléphone, par Internet, sur Zoom, etc.

La nature halakhique de la retransmission en direct

Comme nous l’avons expliqué ailleurs, avec l’apparition des microphones et des téléphones, la question de savoir si les mitsvot qui requièrent une écoute pouvaient être accomplies au moyen de tels appareils fit initialement l’objet d’un vif débat. De nos jours, grâce à une meilleure compréhension du fonctionnement de ces technologies, le consensus est que l’on ne peut pas s’acquitter de ses obligations halakhiques au moyen d’un téléphone ou d’un microphone.7

Entendre le chofar pendant Eloul n’est pas une obligation halakhique, mais une coutume. Néanmoins, le Rabbi de Loubavitch (qui, entre autres, avait reçu une formation d’ingénieur électricien et travailla pour la marine américaine pendant la Seconde Guerre mondiale) écrivit plusieurs lettres très fermes sur la question de l’accomplissement d’obligations au moyen de divers appareils. Dans une allocution, il aborda expressément la question de l’écoute du chofar pendant le mois d’Eloul au moyen d’un appareil électronique :

Concernant l’écoute de la Torah ou de la Méguila, etc., on ne s’acquitte pas de son obligation en l’entendant au moyen d’un enregistrement ou d’un autre appareil […] même pour ce qui est de la coutume d’entendre le chofar pendant le mois d’Eloul, qui n’a d’autre but que d’éveiller la personne à faire téchouva, comme le dit le verset : « Sonne-t-on du chofar dans la ville sans que le peuple tremble ? », on ne devrait pas l’entendre au moyen d’un enregistrement, puisque le son du chofar doit éveiller chez la personne un sentiment de téchouva et que cela doit se produire à la manière des « paroles qui viennent du cœur pénètrent dans le cœur », ce qui ne s’applique pas à une écoute au moyen de ces appareils.8

Autrement dit, lorsqu’on écoute au moyen d’un appareil électronique, on n’entend pas réellement le son original et authentique, mais seulement une reproduction électronique de celui-ci, qui ne permet pas de s’acquitter de l’obligation ni d’accomplir la coutume. En outre, les propos du Rabbi semblent indiquer que, même lorsqu’il s’agit d’« éveiller le cœur », il manque quelque chose lorsque le son ne passe pas directement d’un cœur à l’autre.

Néanmoins, puisque, pendant le mois d’Eloul, (a) on ne sonne du chofar que les jours de semaine et (b) il n’existe aucune véritable obligation d’entendre le chofar, si écouter le chofar en retransmission directe ou par téléphone vous aide à entrer dans l’esprit d’Eloul et des fêtes solennelles, rien ne s’oppose en soi à ce que vous l’écoutiez par téléphone ou par Internet.

À Roch Hachana, en revanche, entendre le son authentique du chofar est une mitsva biblique et l’usage de ces appareils est de toute façon interdit. Si vous prévoyez d’être retenu chez vous à Roch Hachana, il n’est pas trop tard pour prendre des dispositions avec votre synagogue ou votre centre ‘Habad afin que quelqu’un vienne sonner du chofar pour vous.

Puissions-nous tous être inscrits dans le Livre de la vie pour une année de santé et de bonheur !