La téchouva (תשובה), c’est se réorienter. Se rétablir. Se réaligner. Revenir à votre être véritable, à votre âme profonde, au but pour lequel vous avez été envoyé dans ce monde. Et plus haut encore.

La téchouva est souvent traduite à tort par « repentir ». C’est trompeur. Vous pouvez vous repentir sans jamais faire téchouva, tout comme vous pouvez faire téchouva sans vous repentir.

Se repentir signifie avoir le sentiment d’être mauvais et croire que le seul moyen de devenir bon consiste à se punir soi-même. Vous pourriez passer toute votre vie dans cette pénitence et cette mortification.

Faire téchouva, c’est reconnaître que la personne que vous êtes devenu n’est pas votre véritable moi. L’endroit où vous êtes enlisé n’est pas votre place. Vous êtes bon ; cet endroit est mauvais. Alors vous vous réorientez et reprenez possession de votre véritable place et de votre véritable identité. Vous vous comportez autrement, pensez autrement et ressentez autrement. Vous vous transformez.

Le remords du passé vous aide à faire téchouva, mais il est d’une tout autre nature que celui du repentir. Si le remords du repentir est une douleur persistante, celui de la téchouva est une épice piquante dans un plat savoureux. Ce n’est pas un lieu où l’on s’enlise. C’est quelque chose qui vous pousse plus loin.

Téchouva et raison d’être

Nous ne pouvons expliquer la téchouva sans aborder la notion de raison d’être.

Le Créateur a créé toute chose avec une raison d’être. Il ne programme pas Ses créatures au moyen d’un algorithme, comme nous le faisons. Chaque créature procède plutôt de Sa sagesse avec une nature particulière, une âme et un corps, le tout en harmonie avec la raison d’être qu’Il a conçue pour elle.

L’eau coule. Le feu brûle. Les tiges de blé produisent des grains de blé, tandis que les palmiers-dattiers produisent des dattes. Les moutons broutent l’herbe, tandis que les loups s’attaquent aux moutons. Tous suivent leur nature pour composer une seule grande symphonie divine, chacun y interprétant sa partie essentielle sans une seule note superflue.

Vous êtes l’exception. Vous êtes un être humain, doté d’une forme très particulière d’intelligence et de conscience de soi. Suivre uniquement vos pulsions et vos instincts naturels mène à l’autodestruction. Vous êtes appelé à connaître votre nature et à la transcender, à mobiliser votre cerveau humain surdimensionné pour vous mettre en accord avec votre raison d’être divine.

Cela vous donne un grand avantage sur toutes les autres créatures. Elles font ce qu’elles font parce que c’est pour cela qu’elles ont été créées. Vous, vous accomplissez votre raison d’être par un choix délibéré. Cela noue entre vous et votre Créateur un lien intime, un partenariat, une relation profonde avec le Créateur infini et aimant de toutes choses.

C’est pourquoi les êtres humains comme vous sont les seules créatures qui puissent véritablement améliorer cette création extraordinaire et la conduire à son ultime accomplissement.

L’alignement de la psyché

Comment savoir si vous êtes sur la bonne voie — si vous vivez en accord avec votre raison d’être ?

Parce que le Créateur, dans Son infinie bonté, nous a transmis Ses instructions par l’intermédiaire de Moïse au mont Sinaï. Et Il continue de nous envoyer des hommes et des femmes pleins de sagesse, des âmes pures, afin de nous guider sur cette voie.

Dans Sa Torah, Il nous dit ce que nous devons faire et dire, et à quoi nous devons penser. Il nous enseigne quelles attitudes adopter — l’humilité, l’optimisme, la joie, la patience et le souci d’autrui — et lesquelles éviter — l’arrogance, le pessimisme, la tristesse, la colère et l’insensibilité envers autrui.

Que faire si vous vous écartez de la voie ? Vous y revenez — et faites tout votre possible pour rattraper votre retard et combler les manques accumulés pendant votre égarement. Et surtout, vous tirez les leçons de vos erreurs afin de ne plus quitter la voie. Vous faites téchouva.

Cela peut sembler simple. Jusqu’au moment où ça ne l’est plus. Car voici le hic :

Lorsque vous vous écartez de la voie, toute votre psyché s’en écarte — votre esprit, vos émotions, tout. En réalité, ce sont votre esprit et votre cœur qui vous y ont conduit. Vous êtes comme le mouton qui a découvert le jardin du voisin ou le lion qui a goûté à la chair humaine. Vos circuits ont été reconfigurés.

C’est un problème car, si rien ne change, vous ne pouvez plus vous fier à votre esprit et à votre cœur pour rester sur la bonne voie. En fait, si vous suivez leurs indications, ils continueront à vous en détourner.

Votre téchouva ne peut donc pas porter uniquement sur les actes. Elle doit être faite d’actes, de paroles et d’une immersion intellectuelle qui atteignent votre être même, votre manière de penser et les sentiments que ces pensées font naître. Tout comme la mauvaise voie a contaminé tous ces éléments, la bonne voie doit pénétrer plus profondément encore afin de les nettoyer.

Mais cela non plus n’est pas si simple : vous ne pouvez pas simplement revenir à ce que vous étiez avant ce gâchis. Il n’y a pas de retour en arrière. Vous devez revenir à quelque chose qui se situe bien au-delà.

La règle fondamentale de la téchouva est donc la suivante : si vous tombez, rebondissez plus haut.

Comment faire téchouva

Un homme vint trouver Rabbi Mena’hem Mendel de Kotzk. Il lui dit : « Rabbi, j’ai péché ! »

Le Rabbi de Kotzk lui dit : « Alors, fais téchouva ! »

L’homme répondit : « Je ne sais pas comment. Je n’ai personne pour me l’enseigner. »

Le Rabbi de Kotzk lui demanda : « Savais-tu comment pécher ? Quelqu’un te l’a-t-il enseigné ? »

« Non, répondit l’homme. Je n’ai eu besoin de personne pour me l’enseigner. Je l’ai simplement fait. »

« Alors, de même que tu as péché, fais téchouva », répondit le Rabbi de Kotzk.

Vous revenez sur la voie de la même manière que vous l’avez quittée. Personne ne quitte simplement la voie par accident — on y est attiré en quête de satisfaction. Tous les êtres vivants recherchent la satisfaction et, lorsqu’ils l’obtiennent, ils intègrent cette expérience à leur répertoire. C’est ce que nous appelons « apprendre ». Votre cerveau, votre système nerveux, vos muscles et bien d’autres éléments apprennent tous un nouveau schéma stimulus-réponse.

Il vous faut à présent inverser ce processus. Vous devez réinitialiser votre réponse au stimulus.

Deux éléments entrent ici en jeu : la douleur et le plaisir. Il existe donc deux voies possibles pour revenir sur la bonne voie :

L’une consiste à remplacer la réponse de plaisir nouvellement acquise par une réponse de douleur. C’est la voie du remords. Le remords reconfigure votre système afin qu’il associe ce stimulus à la douleur plutôt qu’au plaisir. Certains ouvrages classiques d’éthique juive (appelés moussar) semblent préconiser cette voie.

Il y a ensuite la voie du plaisir : vous remplacez un plaisir par un plaisir différent, plus profond. Vous mettez votre esprit dans de bonnes dispositions en le nourrissant de nombreuses pensées inspirantes, d’histoires de tsadikim, d’enseignements de sagesse ainsi que d’enseignements de la dimension intérieure de la Torah. Vous les méditez en profondeur. Et vous les mettez en pratique.

À terme, cette expérience vous transporte à tel point que toute réflexion portant sur le stimulus à l’origine du problème devient douloureuse — car vous sentez qu’elle fait obstacle à votre immersion totale dans ce nouvel et magnifique espace intérieur.

C’est sur cette voie que le Rabbi guida de nombreuses personnes dans ses lettres comme dans ses discours publics. Comme vous pouvez le constater, la voie du plaisir comporte elle aussi de la douleur, mais celle-ci n’intervient qu’en tant qu’effet secondaire. Elle n’est pas au centre. C’est essentiel.

Car lorsque la douleur occupe la place centrale, vous vous mettez en danger. Votre esprit se trouve dans un espace sombre et morose. Vous pensez à ce qui est mauvais, non à ce qui est bon. Il est presque inévitable que vous commenciez à réfléchir aux raisons pour lesquelles vous avez agi ainsi — et à tout le plaisir que vous y avez pris. Au lieu de vous arracher à cet endroit, vous risquez de vous y enfoncer davantage.

La voie du plaisir de la téchouva, en revanche, ressemble à un vol en montgolfière. Vous vous élevez jusqu’à découvrir une vue panoramique magnifique. Vous aspirez à une vision plus vaste encore. Vous vous rendez compte qu’un poids à bord vous tire vers le bas. Vous jetez donc les sacs de sable par-dessus bord. Et vous vous élevez plus haut.

De même, lorsque vous mettez votre esprit dans de bonnes dispositions, vous vous sentez attiré vers la lumière — et l’extase suscitée par cet élan s’accompagne d’une douleur atroce. Vos larmes emportent la boue et la crasse qui dissimulent la lumière — et vous ouvrez les yeux pour vous découvrir au sein même de sa source.

C’est cela, la véritable téchouva, car c’est une voie de dépassement de soi qui laisse derrière elle ce faux moi ayant commis ces actes hideux. Vous êtes renouvelé et pur aux yeux de votre Créateur — car vous n’êtes plus la personne qui a commis ces actes. On ne peut vous tenir responsable de choses que vous n’avez jamais faites.

Ne regrettez pas vos péchés

C’est un piège courant. Une idée fausse très répandue veut que la téchouva consiste entièrement à regretter ce que l’on a fait et à prendre la résolution de ne pas recommencer. C’est absolument faux.

Imaginez que quelqu’un vous ait insulté lors d’une réunion publique. Cette personne s’excuse en disant qu’elle ne vous insultera plus lors d’une réunion publique. Euh… tout est réglé maintenant ? Ou manque-t-il encore quelque chose d’essentiel ?

Pourquoi a-t-elle agi ainsi ? D’où vient cette attitude ? Cela a-t-il été réglé ? Ou le problème va-t-il simplement resurgir au cours d’un autre conflit ?

Il en va de même entre vous et D.ieu. La téchouva ne porte pas sur ce que vous avez fait, mais sur ce qui vous a poussé à le faire. Croire le contraire peut vous placer dans une situation pire encore qu’au départ.

Tout d’abord, pourquoi regrettez-vous ce que vous avez fait ? Est-ce parce que vous vous trouvez stupide d’avoir agi ainsi — parce qu’un type intelligent comme vous ne devrait pas faire une chose aussi idiote ? Dans ce cas, tout ce que vous faites, c’est renforcer votre ego — qui était précisément le principal responsable du pétrin dans lequel vous vous êtes fourré.

Ou peut-être avez-vous peur des conséquences — que les gens découvrent ce que vous avez fait et cessent de vous apprécier. Ou bien vous vous dites que D.ieu le sait et va vous le faire payer.

Dans un cas comme dans l’autre, vous ne regrettez pas vraiment ce que vous avez fait — en l’absence de ces conséquences, cela ne vous poserait aucun problème.

Donc, non, la téchouva porte sur qui vous étiez à ce moment-là. Vous êtes parti dans la direction opposée à celle que votre Créateur voulait pour vous et êtes devenu l’opposé de ce que vous êtes réellement. C’est cela qui doit être réparé.

Vous ne faites pas téchouva lorsque vous dites : « Avoir fait cela fait de moi quelqu’un de mauvais. » Vous faites téchouva lorsque vous dites : « Je suis lié à mon Créateur par un merveilleux partenariat. Nous sommes unis par un lien extraordinaire. Il comptait sur moi pour accomplir ma part, et je comptais sur Lui pour qu’Il soit à mes côtés à chaque étape. Comment ai-je bien pu m’arracher à ce lien et à ce partenariat ? Comment pourrais-je supporter de rester séparé un seul instant de plus ? »

Et à cet instant, vous êtes de nouveau avec Lui. Il vous attendait depuis le début.

Combien de temps cela prend-il ?

Dès que vous parvenez à cette résolution pleine et entière, à ce sentiment que « je ne peux supporter un instant de séparation de plus », vous voilà revenu.

Mais il reste ensuite des choses à réparer. Il faut purifier l’âme. Rattraper le retard. Reconfigurer le système. Réapprendre certains comportements. Cela prend du temps.

D.ieu aide. « Ouvrez-Moi seulement une ouverture grande comme un trou d’épingle, dit-Il, et Je vous ouvrirai un passage aussi large que l’entrée d’une vaste salle. »1

Il aide en plaçant des épreuves dans votre vie. Ce sont vos maîtres, vos amis et votre équipe de nettoyage. Si vous les acceptez avec amour, cela accélère le processus de plusieurs ordres de grandeur.

Il aide en vous donnant Yom Kippur. Vous avez un peu faim. Vous passez une journée à la synagogue. Vous récitez le al ‘het (« pour le péché que j’ai commis devant Toi… »), car dire à voix haute à D.ieu comment vous vous êtes détourné de Lui est une excellente manière de jeter ces sacs de sable par-dessus bord. Et vous Lui chantez des chants d’amour et d’ardent désir. Si vous vous y prenez bien, vous en ressortez transformé et purifié.

Il aide en vous donnant des occasions d’aider autrui. Vous y répondez en versant des sommes importantes à la tsédaka. Peu de choses purifient l’âme autant que la tsédaka.

Et Il aide en vous donnant un cœur et un esprit nouveaux, dans lesquels les paroles de la Torah peuvent briller et éclairer votre chemin vers Lui.

Le marché injuste

Il y a ensuite le côté injuste de la téchouva : celui qui a tout gâché se retrouve dans un lieu que celui qui reste toujours sur la bonne voie ne pourra jamais atteindre.

Comment est-ce possible ?

C’est possible parce que vous ne comprenez pas vraiment où vous allez et n’avez jamais véritablement atteint le plus profond de vous-même tant que vous n’avez pas quitté la voie puis réussi à y revenir. Demandez à quelqu’un qui se libère d’une dépendance. Demandez à celui qui a touché le fond et s’en est sorti — avec un peu d’aide de ses amis et énormément d’efforts de sa part.

Vous découvrez votre source d’énergie intérieure. Auparavant, c’était l’habitude. C’était ce que vous aviez appris de vos parents et de vos maîtres. C’était ce que faisait votre communauté, et vous le faisiez donc aussi. À présent, c’est vous qui le faites, vous, depuis le tréfonds de votre être.

Et vous possédez la force de tous ces affreux dérapages. Vous gardez ce précieux souvenir de vous être tellement éloigné, de vous être arraché au bien le plus précieux que vous puissiez posséder — votre lien intime avec votre D.ieu. C’est un souvenir précieux parce qu’il agit comme un élastique aux dimensions cosmiques qui se rétracte brusquement et vous catapulte sur une orbite entièrement nouvelle, dans une intimité entièrement nouvelle avec le divin.

De fait, celui qui fait téchouva et accomplit désormais des mitsvot exactement comme n’importe quel tsadik toujours demeuré sur la bonne voie gaspille tous ces péchés bien juteux.

La téchouva pour les tsadikim

Néanmoins, à vous, les tsadikim qui n’avez jamais failli, nous disons : il reste encore de l’espoir. Le Zohar enseigne que Machia’h viendra enseigner aux tsadikim à faire téchouva.2

Car, en vérité, nous sommes tous éloignés. D.ieu est infini. Oui, Il est présent dans chaque mitsva que vous accomplissez, dans chaque parole de Torah que vous étudiez, dans chaque acte porteur de sens de votre vie. Mais vous ne pouvez jamais être rassasié de Lui. Il est donc toujours possible de se rapprocher encore et encore.

Faites de chaque instant de votre journée un instant de téchouva. Ne vous contentez jamais du point où vous en êtes. Ce qui constituait peut-être hier le plus haut sommet à votre portée n’est qu’une vallée au regard de ce que vous pouvez atteindre aujourd’hui.

Réorientez-vous sans cesse en décrivant une spirale ascendante.