Dalet (ד) est la quatrième lettre de l’alphabet hébraïque
Valeur numérique : 4
Son : « D »
Signification : 1. pauvre 2. porte 3. élever
Récit
Une jeune fille était née dans un foyer juif pratiquant. Fervente croyante, elle se réveilla un matin et décida soudain de découvrir d’autres religions. Elle explora donc diverses sectes et croyances et commença à s’initier à leurs idées. Son père était, bien sûr, perplexe. Un rabbin habitait à proximité, un émissaire (chalia’h) du Rabbi. Le père lui demanda donc conseil. Le chalia’h répondit : nous allons écrire au Rabbi — puisqu’il est connu pour sa vision prophétique et son amour pour chaque Juif — et voir ce qu’il nous dira. Tous deux rédigèrent une lettre au Rabbi, qui répondit : « Vérifiez vos mézouzot. » Le père et le chalia’h décrochèrent alors les nombreuses mézouzot de la maison. Le père était un homme très riche. Il était le guimel, celui qui donne. Ils apportèrent les mézouzot à un scribe pour les faire vérifier, mais elles ne présentaient aucun défaut. Chacune était parfaite. Le temps passa, et la jeune fille s’imprégnait de plus en plus de croyances étrangères. De nouveau, le père et le chalia’h écrivirent au Rabbi : « Que devons-nous faire ? » Le Rabbi répondit une deuxième fois : « Vérifiez vos mézouzot. » Les deux hommes décrochèrent donc les mézouzot une seconde fois et les examinèrent de fond en comble, mais, une fois encore, elles étaient parfaites. Pourtant, si le Rabbi disait : « Vérifiez les mézouzot », que pouvaient-ils faire ?
Un jour, le chalia’h se promenait avec le père dans sa magnifique propriété, d’une superficie d’environ 3 hectares. Au bout d’un champ, le rabbin remarqua une petite cabane. Il demanda : « Est-ce à vous ? » Le père répondit que oui. « Y a-t-il une mézouza ? » « Eh bien, nous en avons posé une il y a de nombreuses années. » Les deux hommes examinèrent donc la mézouza de la porte de la cabane et constatèrent que, dans le premier verset du Chéma, là où l’on devait lire אחד, e’had (un), une partie du dalet s’était effacée, si bien qu’on lisait אחר, a’her (autre). Ils remplacèrent immédiatement la mézouza et, le lendemain matin, la fille se réveilla en pleurs. « Papa, je suis désolée. Je ne sais pas ce qui m’est arrivé. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Mais je veux revenir. Je veux revenir au judaïsme. »
Forme
Le dalet est la quatrième lettre de l’aleph-beth. Le Talmud1 nous dit que le dalet représente le pauvre. D’où l’expression gomel dalim : le bienfaiteur qui donne au bénéficiaire.
Le Talmud2 nous dit aussi que, si l’on observe la forme du dalet, son unique jambage s’étend vers la droite — en direction du guimel. Cela enseigne au pauvre qu’il doit se rendre disponible pour recevoir la tsédaka du bienfaiteur. De même,3 le petit prolongement situé à droite de la barre horizontale du dalet ressemble à une oreille, car le pauvre doit toujours tendre l’oreille pour savoir si une personne fortunée est à proximité. Cependant, le côté gauche de cette barre ne fait pas face au guimel, celui qui donne, mais est tourné vers la gauche, vers la lettre hé, qui représente D.ieu. Cela nous enseigne que nous devons donner la tsédaka discrètement, sans mettre le pauvre dans l’embarras. Le pauvre doit placer sa confiance en D.ieu, le Donateur suprême de l’univers.
La Michna4 nous dit que, dans le Saint Temple, il existait une salle appelée « la salle du silence ». On y entrait seul et l’on fermait la porte. Dans cette salle se trouvait un grand coffre. On avait le choix : soit y déposer de l’argent, soit en retirer. Bien sûr, le riche y déposait de l’argent. Le pauvre, lui aussi seul, en retirait. Tout se faisait discrètement. Les riches ne voyaient pas à qui ils donnaient la tsédaka. Les pauvres ne savaient pas de qui ils la recevaient.
Une deuxième approche de la forme du dalet est que le dalet représente un montant de porte et un linteau.5 La ligne verticale est le montant ; la ligne horizontale est le linteau. Quel rapport y a-t-il entre la porte et le pauvre ? Habituellement, un pauvre doit frapper aux portes.
Il existe aussi une troisième interprétation, donnée par les enseignements de la ‘Hassidout.6 Selon cette interprétation, le dalet se compose d’un rech et d’un youd. Quelle est la différence entre le dalet, ד, et le rech, ר ? Un youd. Si l’on ajoute un youd à l’angle supérieur droit du rech, le rech devient un dalet. Le youd, une toute petite lettre, représente l’humilité. C’est cette humilité qui distingue le rech du dalet. Les mézouzot fixées aux montants de nos portes contiennent le célèbre paragraphe de la prière du Chéma. Dans le Chéma, nous disons : « Écoute, Israël, l’Éternel est notre D.ieu, l’Éternel est Un. » Le mot e’had, un, comme dans « l’Éternel est Un », s’écrit avec les lettres aleph, ‘het, dalet, אחד. Que se passe-t-il si l’on retire le youd du dalet et que celui-ci devient un rech ? Le mot n’est plus e’had, mais a’her, אחר — autre. Si une telle erreur était commise, la phrase se traduirait alors par : « Écoute, Israël, l’Éternel est notre D.ieu, l’Éternel est autre (c’est-à-dire d’autres dieux). » L’aspect du youd, l’humilité, est si essentiel dans la croyance en l’unicité de D.ieu que son omission pourrait amener à rejeter D.ieu, à D.ieu ne plaise, et à croire en l’existence d’autres puissances omnipotentes dans l’univers. Le Midrash7 nous dit que si l’on intervertit le rech et le dalet, on détruit tous les mondes.
Guématria
La valeur numérique du dalet est quatre. Quatre représente les Matriarches : Sarah, Rébecca, Rachel et Léa. Il représente aussi les quatre mondes créés, tels qu’ils sont expliqués dans la Kabbale : Atsilout, Beria, Yetsira et Assiya. En outre, le dalet désigne les quatre éléments fondamentaux de la Création : le feu (énergie), l’air (gaz), l’eau (liquide) et la terre (solide). Quatre représente également la fête de Pessa’h : les quatre coupes de vin, les quatre enfants, les quatre questions.
Pourquoi buvons-nous quatre coupes de vin à Pessa’h ?
La Torah contient quatre expressions de délivrance. Lorsque D.ieu fit sortir le peuple juif d’Égypte, Il dit : « Je vous ferai sortir » ; « Je vous sauverai » ; « Je vous délivrerai » ; et enfin « Je vous prendrai pour peuple. »8 Les trois premières expressions impliquent l’intervention de D.ieu Lui-même pour faire sortir le peuple juif d’Égypte. Les Juifs eux-mêmes restaient passifs. Mais la quatrième — devenir le peuple de D.ieu — exigeait du peuple juif une action à la fois individuelle et collective.
Que signifie devenir le peuple de D.ieu et comment nous y préparons-nous ? En nous purifiant. Le Zohar9 nous dit qu’au moment de la sortie d’Égypte, le peuple juif se trouvait au 49e degré d’impureté. S’ils étaient restés en Égypte un instant de plus, les Juifs seraient tombés au 50e et dernier degré et auraient été perdus à jamais. Ce ne furent ni leurs mérites, ni leur bonté, ni leur bienveillance qui les rendirent dignes d’être délivrés. Leur délivrance fut plutôt due à la bienveillance de D.ieu : « Je vous ferai sortir », « Je vous sauverai », « Je vous délivrerai ». Mais comment D.ieu a-t-Il finalement délivré le peuple juif ? En faisant de lui Son peuple et en lui donnant Sa Torah. Cette quatrième expression de délivrance ne s’est réalisée qu’à Matane Torah, lorsque D.ieu a donné la Torah au peuple juif. Matane Torah a eu lieu 49 jours après la sortie des Juifs d’Égypte. Pendant 49 jours, nous nous sommes préparés à être dignes de devenir Son peuple. Lors des trois premières étapes de la délivrance, nous étions passifs et sans mérite. Le quatrième degré, nous avons dû le mériter.
La différence entre les trois premières expressions et la quatrième se traduit par la différence entre la matsa et le vin.10 La matsa est un aliment sans goût. Selon la halakha, la matsa du Séder de Pessa’h est faite d’un simple mélange de farine et d’eau — on l’appelle le « pain du pauvre ». Lorsque le peuple juif a été tiré d’Égypte, nous étions dans un état de pauvreté spirituelle, indignes de la délivrance. Nous étions comme de la matsa, sans saveur. Mais, au cours des 49 jours suivants, nous avons travaillé sur nous-mêmes. Nous avons commencé à comprendre et à intérioriser ce que sont le judaïsme et la Torah. Nous nous sommes élevés des 49 degrés d’impureté aux 49 degrés de compréhension. Nous avons reconnu D.ieu. Dès que nous avons commencé à comprendre ce qu’incarnait le judaïsme, dès que nous avons compris ce que signifiait devenir le peuple de D.ieu, nous nous sommes réjouis. C’est pour cette raison que nous buvons du vin, car il est dit,11 « Il n’y a pas de chant sans vin. » Nous buvons du vin afin de prendre pleinement conscience de notre délivrance d’Égypte et de chanter les louanges de D.ieu avec une grande joie.
La matsa représente les trois premières expressions — l’intervention de D.ieu en faveur du peuple juif alors que ses membres étaient « plats », passifs. Les quatre coupes de vin représentent la quatrième expression — devenir un peuple, le rôle actif et l’engagement des Juifs.
Il existe une autre manière de distinguer les trois matsot des quatre coupes de vin. Trois représente le potentiel ; quatre représente le développement de ce potentiel.
Dans la libération des Juifs d’Égypte, D.ieu représente le trois : Il transmet Son potentiel au peuple juif à travers les trois expressions de délivrance. Quatre représente le peuple juif, qui achève le processus.
Le potentiel (trois) peut aussi être représenté par le père, qui l’apporte, et son développement (quatre) par la mère.
Nous pouvons maintenant comprendre pourquoi il y eut trois pères et quatre mères. Le père (qui apporte le potentiel) fournit la semence, et la mère (qui la développe) la reçoit et l’affine. Le père est le bienfaiteur sur le plan biologique, et la mère en est la bénéficiaire. Le père est donc représenté par le trois. Les trois Patriarches sont le guimel, celui qui donne, la troisième lettre de l’aleph-beth. La mère, qui reçoit et bénéficie du don, est représentée par le dalet, les quatre Matriarches. Une fois le potentiel réalisé (c’est-à-dire lorsque l’enfant naît), on peut se réjouir. Le symbole de la réjouissance est le vin, représenté par le quatre et correspondant aux quatre mères.
Ainsi, la mère ne se contente pas de recevoir la semence, elle la développe. Concrètement, il faut d’abord reconnaître le germe d’une idée pour pouvoir la développer. Au Séder de Pessa’h, nous reconnaissons le fait que D.ieu nous a fait sortir d’Égypte. Nous L’en remercions en buvant quatre coupes de vin, en posant quatre questions et en parlant des quatre enfants. À travers le quatre, nous prenons la mesure de tout ce qui s’est produit pour nous mener jusqu’à ce jour — y compris de notre propre contribution, qui a permis de porter ce processus à un degré nouveau. Mais, pour représenter la seule part de D.ieu dans notre sortie d’Égypte, nous ne mangeons que trois matsot. Car, au moment où D.ieu nous a fait sortir, l’avenir du peuple juif n’existait encore qu’à l’état de potentiel. Nous étions comme la matsa : des réceptacles inactifs dans un état de pauvreté spirituelle. Par nos efforts, nous avons fait du trois un quatre — du potentiel une réalité.
Signification
Le sens de dalet est delet, une « porte ». Il signifie aussi dal, un pauvre. Enfin, le mot dalet représente dilitani, qui signifie « m’élever ». Comment ces trois définitions s’articulent-elles ? Elles se rejoignent lorsque chaque personne prend conscience qu’elle est pauvre. Cette pauvreté ne désigne pas nécessairement un état de dénuement financier ; elle signifie que tout ce qu’une personne « possède » appartient en réalité à D.ieu. D.ieu a eu la bonté de nous donner la vie. D.ieu a eu la bonté de nous donner de quoi subsister. Sans D.ieu, nous n’avons rien. En prendre conscience est la porte qui mène à la chambre de D.ieu. Et, une fois entrés dans cette chambre, D.ieu nous élèvera — dilitani — pour nous bénir en nous accordant la vie, la santé, la subsistance et la réussite. Dans le psaume 30 du Livre des Psaumes, le roi David nous dit : « Je loue D.ieu parce qu’Il m’élève (dilitani). » Si nous inversons cette phrase, nous pourrions dire dilitani — « Parce que D.ieu m’élève, je Le loue. » Dans cette expression, D.ieu m’élève en me donnant les compétences nécessaires pour être productif. Cela me permet de Le louer à un niveau plus élevé.


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